La finance entrepreneuriale… Tout un monde qui peut paraître opaque aux non-initiés. Et pourtant, c’est bien là l’un des aspects fondamentaux de la création d’entreprise. Pas de financement, pas de start-up !

A l’incubateur, Loic Mahérault est l’expert référent dans le domaine. Docteur en sciences de gestion, Habilité à Diriger les Recherches et auteur de nombreuses publications dans des revues internationales, il s’est spécialisé dès le début de sa carrière dans la finance d’entreprise en tant que professeur, formateur et consultant. Après un riche parcours professionnel en France et au Maghreb, pendant lequel il a notamment co-créé un incubateur et dirigé des campus, il est aujourd’hui expert associé à l’incubateur et professeur de finance et d’entrepreneuriat sur différents masters spécialisés au sein d’emlyon business school.

Très apprécié des entrepreneurs pour sa pertinence et sa bienveillance, il est connu pour ses conseils clairs, directs et avisés qui ont permis à de nombreuses start-up d’amorcer leur développement. Il nous en livre ici quelques-uns.

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Vous êtes expert associé à l’incubateur emlyon business school depuis plusieurs années. Quel est votre rôle auprès des entrepreneurs ?

« J’interviens de plusieurs manières dans les différents programmes de l’incubateur et de l’accélérateur. J’anime des sessions collectives pour le Startup Camp, le Digital Booster, I-lab, Inria ou encore pour Entrepreneurs dans la Ville. Dans le cadre du programme Mentorat, j’assure le mentoring économique et financier d’un certain nombre de start-up et j’interviens dans les revues de projets où je suis là pour challenger et conseiller les entrepreneurs sur la partie finance, business model et proposition de valeur.

Globalement, mon rôle est d’aider les entrepreneurs à faire un lien concret entre stratégie de développement et stratégie financière. Je leur apporte de la méthode, de l’expérience, je les aide à créer un business model et un business plan financier cohérents.

Quand il s’agit de sessions collectives, j’essaie d’apporter aux entrepreneurs les connaissances et les compétences nécessaires pour gérer et optimiser leurs ressources et pour anticiper leurs étapes financières clés. Et quand il s’agit de mentoring, je les accompagne dans leurs processus de levées de fonds, notamment sur les phases de préparation, de négociation et d’optimisation des montages financiers.

Mon objectif est donc à la fois de former et de conseiller les entrepreneurs. »

 

 

Quelles sont les difficultés principales rencontrées par les start-up au début de leurs parcours et comment peuvent-elles être évitées selon vous ?

« La méconnaissance du secteur financier est l’une des principales sources d’erreur. Or en début de parcours, certains entrepreneurs n’ont aucune culture financière et dans ces cas-là, il est nécessaire de les aider à appréhender tout cet univers dans un premier temps.

Ils ont besoin de comprendre comment marche le système et de connaître le mode de fonctionnement des différents acteurs : banques, business angels, fonds d’investissements publics ou privés… Il est par exemple indispensable pour un entrepreneur de savoir que les processus de décision chez les partenaires financiers sont lents, beaucoup plus lents que le rythme d’une start-up. Ne pas anticiper cet élément peut mener à des blocages majeurs qui entravent finalement tout le développement d’une start-up, dans l’attente d’un financement.

Autre source d’erreur, la croyance répandue qu’il est nécessaire de montrer des courbes de croissance exponentielle pour attirer les financiers. Oui, il faut montrer les possibilités et les ambitions de développement, mais attention à ne pas oublier de rassurer sur la gestion des risques. Les partenaires financiers n’aiment évidemment pas prendre trop de risques et en tant qu’entrepreneur il faut donc être capable de démontrer que l’on connaît ces risques, qu’on les a anticipés et qu’on va être capable de les gérer, de les maîtriser. Tout ça est largement aussi important que d’expliquer que l’on va doubler son chiffre d’affaires chaque année.

En bref, il y a énormément de choses à savoir sur le monde de la finance et son fonctionnement et notamment quand on cherche à lever des fonds. Si on n’a pas d’expérience dans le milieu, on peut vite se retrouver submergé, d’où l’intérêt d’être guidé et accompagné pour éviter certaines erreurs de parcours. »

 

 

Quels conseils pourriez-vous donner aux entrepreneurs qui se lancent et découvrent la finance d’entreprise ?

« Il y en aurait beaucoup, mais l’un des messages clés que j’essaie de transmettre aux entrepreneurs qui nous rejoignent, c’est l’importance des étapes dans la construction de leur stratégie économique et financière. D’abord la proposition de valeur, puis le business model et le business plan.

Je conseille souvent de ne pas faire le business plan financier trop tôt. De nombreux entrepreneurs ont naturellement tendance à vouloir s’en occuper dès le départ mais il faut bien comprendre que c’est l’aboutissement d’une démarche globale qui va se traduire en chiffres. Il faut donc faire les choses dans l’ordre : d’abord une bonne offre, puis une bonne stratégie de développement commercial et marketing, puis une bonne stratégie de financement. Le business plan financier doit être obligatoirement lié à la stratégie globale et être extrêmement concret. Sinon, il est inutile.

Autre chose importante à savoir quand on cherche du financement : l’une des clés est de bien gérer son timing, c’est-à-dire solliciter les apporteurs de fonds au bon moment. La finance entrepreneuriale n’est pas un processus linéaire et il faut choisir intelligemment ses fenêtres de tir. Ça peut être en amont d’une phase de R&D, au moment d’un premier développement commercial ou encore d’une première campagne de marketing appuyée. La règle, c’est finalement de solliciter les financeurs au moment où on a une belle histoire à raconter.

Enfin, concernant la valorisation, je vois beaucoup d’entrepreneurs qui survalorisent leur société car ils ont une approche théorique de la valorisation. Or il faut intégrer le fait que les investisseurs ont des usages, des règles de fonctionnement. Sauf exception, on ne valorise pas très cher une entreprise sans clients et on ne fait pas de levées de fonds privée sans preuve de concept. Si l’entrepreneur voudrait vendre au financier tout le potentiel de développement de son entreprise, le financier lui va plutôt regarder les milestones importants. Et les niveaux de valorisation des boîtes sont donc généralement très indexés sur ces milestones. »

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